Le nouveau Plan d’Épargne Retraite Individuel change-t-il la donne pour la préparation de la retraite ?

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Cela ne vous a sûrement pas échappé, les enjeux liés à la retraite font partie des grandes questions de société de notre temps, et il s’agit clairement d’un sujet prioritaire pour le gouvernement. En juillet, il n’y a pas que le climat qui était brûlant, l’actualité retraite aussi !

Pour les régimes de retraite obligatoires par répartition, c’est Jean-Paul Delevoye, Haut-Commissaire à la réforme des retraites qui a été chargé de mener la concertation devant mener à un projet de loi d’ici à la fin de l’année. Après plus de 18 mois de concertations, Jean-Paul Delevoye a remis son rapport “Pour un système universel de retraite” le 18 juillet, détaillant ses préconisations “pour une retraite plus simple, plus juste, pour tous”. Dossier que nous ne manquerons pas de suivre de très près en fin d’année.

Mais ce n’est pas tout ! Le hasard du calendrier a également mis l’épargne retraite par capitalisation sous le feu des projecteurs. En effet, la Loi PACTE, promulguée le 23 mai contient plusieurs dispositions sur l’épargne retraite, dont la création d’un nouveau produit d’épargne retraite appelé, de manière très originale, “Plan d’Epargne Retraite”. Or le 24 juillet, l’ordonnance tant attendue détaillant les dernières modalités fiscales de ce PER a enfin été promulguée au Journal Officiel. Il est donc maintenant possible d’analyser factuellement ce nouveau dispositif afin d’en évaluer la pertinence pour les particuliers souhaitant prévoir leurs vieux jours. Et comme vous le savez, les vieux jours des particuliers, c’est notre passion, donc voici notre décryptage.

Qu’est-ce que le PER ?

En réalité, sous ce nouveau nom, il s’agit plutôt d’une transformation de dispositifs existants que d’un nouveau produit à proprement parler. Auparavant, il existait un grand nombre de dispositifs d’épargne retraite, dont :

  • Des dispositifs collectifs obligatoires comme le PERE (ex-Article 83), dont la sortie se faisait obligatoirement en rente viagère.
  • Des dispositifs collectifs facultatifs comme le PERCO, dont la sortie se faisait en rente viagère ou en capital.
  • Des dispositifs individuels facultatifs comme le PERP ou le Madelin pour les indépendants, présentant un avantage fiscal à l’entrée (versements déductibles du revenu imposable) avec sortie en rente viagère uniquement à la retraite, sauf cas particuliers.

L’offre était donc peu lisible. La Loi PACTE crée un produit unique, le PER, qui sera transférable d’un établissement à l’autre, et qui sera lui-même composé de trois compartiments selon l’origine des fonds : le PER Catégoriel (PERCat) pour les versements collectifs obligatoires, le PER Collectif (PERCol) pour les versements collectifs facultatifs, et le PER Individuel (PERIn) pour les versements facultatifs individuels. 

Les principaux changements portent sur ce dernier compartiment. Comme pour le PERP actuellement, les versements effectués dans ce compartiment sont déductibles du revenu imposable, dans la limite de 10% des revenus professionnels. Mais grande nouveauté : la sortie pourra désormais se faire en capital, et non plus uniquement en rente, ce qui le rend a priori bien plus attractif que son ancêtre le PERP, dont la sortie en rente rebutait nombre d’épargnants. La grande question est maintenant de savoir si ce PERIn est un produit intéressant pour épargner pour sa retraite. Alors, quelle fiscalité pour ce produit ? Et surtout, quel intérêt par rapport aux autres niches fiscales disponibles pour préparer ses vieux jours que sont l’achat de sa résidence principale, l’assurance-vie, et le PEA ?

Le PERIn : intéressant ou pas ? 

Disons le tout de suite, nous ne sommes pas convaincus par le PERIn malgré la carotte fiscale à l’entrée permettant théoriquement d’investir des sommes plus importantes qu’en privilégiant l’assurance-vie ou le PEA. En effet, la fiscalité de la sortie en capital y est prohibitive :

  • Les sommes issues des plus-values et intérêts sont soumises au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30%. 
  • Les sommes issues des versements sont soumises aux cotisations sociales à hauteur de 10,1% et à l’impôt sur le revenu.

Les sommes non-imposées à l’entrée le sont à la sortie et soumises aux cotisations sociales. Ainsi, selon nos simulations, il est quasiment toujours plus intéressant d’investir dans son PEA ou son assurance-vie que dans son PERIn, malgré l’absence d’incitation fiscale pour ces enveloppes. C’est uniquement dans les cas très peu fréquents où l’épargnant serait fortement imposé pendant sa carrière (imposé au taux marginal à 30% ou plus) puis complètement non-imposable à la retraite, que le PER se révélerait plus intéressant. De plus, l’accumulation d’épargne financière pour la retraite est souvent un objectif secondaire à l’acquisition de la résidence principale, qui reste la priorité pour beaucoup de ménages, et l’un des meilleurs moyens de se garantir un niveau de vie correct à la retraite.

Bien sûr, une personne disposant de revenus confortables peut être déjà propriétaire de sa résidence principale, avoir un PEA plein, et des encours d’assurance-vie supérieurs à 150 000€ faisant que la fiscalité de cette enveloppe perd de son intérêt. Dans ce cas là, le PERIn peut être une option valable pour investir, et un instrument de défiscalisation bienvenu. Mais dans tous les cas, le PERIn s’adresse principalement à des personnes fortement imposées, donc à forts revenus, et à patrimoine souvent élevé, et ne constitue pas réellement une option intéressante pour le commun des épargnants. D’autant plus que le PER est bloqué jusqu’à la retraite, à l’inverse de l’assurance-vie ou le PEA, qui restent liquides.

Mais alors, quelle épargne pour la retraite ?

Pour ce qui est de l’épargne financière, vous l’avez compris, le PER ne change pas vraiment la donne. Il s’agira donc de continuer à privilégier les produits éprouvés : PEA pour l’investissement en actions, et assurance-vie, qui en plus d’être une enveloppe fiscale intéressante présente aussi des avantages successoraux. Ces placements peuvent ensuite constituer un complément de revenu à la retraite.

Mais surtout, un élément clé de la préparation de la retraite réside dans l’acquisition de sa résidence principale. Il s’agit souvent de la principale, voire la seule épargne qu’une personne pourra accumuler au cour de sa vie, via le remboursement d’un crédit au lieu de payer un loyer. Ne plus avoir à payer un loyer à la retraite, lorsque les revenus diminuent, permet de garantir un certain niveau de vie. Et si malgré cela, l’épargnant a besoin de plus de ressources financières, cette “épargne” immobilière peut être mobilisée par la vente en viager, ce qui permet de continuer à vivre chez soi tout en profitant du patrimoine accumulé en phase d’activité. C’est la seule épargne retraite qu’on peut dépenser tout en continuant à en jouir. On comprend pourquoi devenir propriétaire est si important pour beaucoup de foyers.

Ainsi, si les objectifs du gouvernement en matière d’épargne retraite sont tout à fait louables, comme souvent il faut que tout change, pour que rien ne change. Pour préparer sa retraite, la marche à suivre reste la même !


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